Centralisation Presse “AM”

Ci-dessous, une concentration non-exhaustive des chroniques et autres articles concernant The Odd Gallant : AM (presse, blog, webzine, etc.) :

Prog-Résiste – Bernard Vincken – Coup de coeur
Chromatique – Jean-Philippe Haas
Profil
 – Marc Thibault – 4/5
Progstravangazza (interview)
Neoprog – Chfab – 3.5/5
Highlands Magazine 
Catherine Codridex – ****
Progsphere (interview)
Progarchy
 (interview) 
Moshville 
(interview)
Zicazic/Zicazine – Fred Delforge
MusicInBelgium
François Becquart – 4/5
MusicWaves 
Corto1809 – 4/5
Progcritique 
Gabriel Badelier – 4.75/5
Clair & Obscur – Lucas Biela
Blog à part
– Stéphane Gallay

Citation Presse

Prog-Resiste :

Obsédé du concept, Guillaume Cazenave, âme rétamée autant que damnée à l’œuvre derrière ce projet (familial) nommé en référence à ce besoin humain, inné et de séduction, s’est imposé, tel unGeorges Perec ou un Raymond Queneau qui mettrait ses mots en musique, une contrainte à tiroir pour cet album, premier d’un diptyque destiné à parcourir l’alphabet, aujourd’hui de A à M (de là le titre, AM), demain de N à Z, aujourd’hui et demain avec la même exhaustivité (un morceau par lettre) et un exercice de style identique (le texte de chaque chanson n’est fait que de mots commençant par la lettre concernée). Bravade de potache autant qu’astuce créative, le procédé enfermerait si l’éclectisme sonore n’occupait assidûment l’avant-plan, ne prenait continûment le contrepied – si systématique qu’on pense à ce clavier perturbé, où pour un A il faut frapper le Z, et le reste à l’avenant  -, objectant et réfutant par une liberté qui pousse la diversité de l’arrangement à l’hétéroclite, au point qu’Alice y perdra aisément son lapin et ne saura vite plus de quel côté du miroir se trouve la vie, la vraie. Car, riches, les interventions musicales de Cazenave foisonnent, immixtions dans les territoires de Kurt Weill (le chant), de Frank Zappa (l’humour), ingérences dans des atmosphères, de la Nouvelle Orléans à l’Allemagne fumeuse des ‘30s, confluences de flux sonores aux coopérations surprenantes – on les eût plutôt crus en compétition flagrante -, affluences de teintes électriques, acoustiques (cordes, cuivres…), électroniques, indus, fortes et belles à la fois, nombreuses, nombreuses à ne pas laisser une coccinelle reprendre son souffle – peut-être le bémol de ce projet aussi ambitieux que passionné, au final (M), irrésistible de simplicité alambiquée.

Bernard Vincken.

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Chromatique :

Guillaume Cazenave n’est pas un parfait inconnu pour Chromatique, même s’il n’a pas été sous les feux de notre actualité depuis un bon moment. En 2007, l’un de nos chroniqueurs s’était ému pour Second System Syndrome, œuvre fourre-tout mêlant quantité de genres. Un entretien avec le compositeur avait suivi quelques temps plus tard. Puis celui-ci était retourné à ses activités d’écrivain notamment, jusque récemment où une levée de fonds en faveur du projet The Odd Gallant a vu le jour. Première partie d’un diptyque, AM est sorti vers la fin de l’année 2015.

Aux côtés du multi-instrumentiste, on trouve son frère Rémy à la basse, tandis que lemastering revient à quelqu’un qui ne nous est pas non plus inconnu : Pierre-Yves Marani, auteur lui aussi ces dernières années de quelques disques évoluant dans la galaxie progressive. L’ouverture d’esprit étant censée être la qualité première de notre lectorat, celui-ci saura reconnaître immédiatement les nombreux mérites de cette œuvre. Si la tendance générale est à l’électro-rock très sophistiqué, on ne peut décemment résumer ainsi plus d’une heure de musique : du jazz au classique à des bribes de trip-hop et d’indus, en passant par une pop sinueuse, The Odd Gallant construit un univers sonore unique, surprenant ou déroutant, mais dont la cohérence ne fait aucun doute. La voix grave et chaude de Cazenave est un élément central de l’album, chantant des suites de mots, martelant des idées, des concepts correspondant pour chaque titre à une lettre de l’alphabet, de A et M. « K » par exemple voit ainsi se côtoyer Kirkegaard, Kennedy, Kissinger et King Kong…

Moins furieux que Second System Syndrome, AM ne se complaît pas pour autant dans la mollesse : « F » et « G » par exemple ont leur lot de guitares saturées et de rythmiques puissantes. Dans l’ensemble, néanmoins, il ne s’agit guère d’assassiner les tympans. « D » et « E » penchent vers le classique, « J » sonne jazz, pendant que certains titres lorgnent vers la musique de film ou mêlent tous ces éléments avec d’autres genres encore… Armes à double tranchant, la diversité et la densité induisent forcément des passages moins marquants, que chacun ressentira selon ses préférences. Quelques respirations auraient probablement été les bienvenues : appréhender le tout d’une seule traite nécessite en effet un grand investissement et une haute disponibilité, malgré une production honnête et un mixage assez lisible.

Pour son retour à la musique, Guillaume Cazenave n’a donc pas fait les choses à moitié. Il faudra consacrer une quantité raisonnable d’heures à cet album généreux. Le temps presse toutefois : la seconde partie, NZ, est prévue pour 2016 ! Annoncée comme très différente, on peut se demander quelles directions restent encore à explorer. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et donnons d’abord sa chance à AM.

Jean-Philippe Haas.

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Profil :

Album fourretout éclectique, The Odd Gallant AM n’est pas le type de création que l’on apprécie pleinement à la première écoute. J’avoue que ma première écoute m’a plus intrigué qu’autre chose ! Jazz, Space-Rock, Baroque, Rock, Prog ou Électro, tous s’emboitent en contretemps de manière assez savamment par Guillaume CAZENAVE, accompagné seulement par son frère Rémy à la basse. Beaucoup de styles musicaux se mêlent et se croisent, rappelant parfois Frank ZAPPA ou Devin TOWNSEND dans la façon de faire du Français. Ce cinquième album doit être décortiqué presque une pièce à la fois pour mieux apprécier le tout. Comme le dit lui-même Guillaume à propos de son bébé : ‘’ même s’il est probablement difficile à assimiler, il a surtout pour objectif de faire plaisir à tous ceux qui aiment les musiques un peu (beaucoup) aventureuses.’’ Les pièces sont nommées, comme le titre de l’album le dit, de A à M.

«A» débute de façon presque symphonique. Étant comme l’intro de «B», c’est une des pièces des plus accessibles de l’album à écouter.«B» est plus comme un Électro un peu vieillot. Le style reste le même pendant la totalité de la pièce. Rythmée et bonne.

«C» débute avec du piano avant de s’élancer dans le Rock, le Funk, et l’Électro / Techno. Il y a des bouts qui me font penser à du GENTLE GIANT. Amusant ! La fin de cette pièce sert aussi d’intro à la prochaine.

«D» est plus avec des accords simples de claviers et des musiques orchestrales entremêlées. «E» débute avec de la musique Classique, voir Baroque. Un peu noir, cette pièce fait beaucoup penser à certaines créations de Devin TOWNSEND, mais en plus mollo. Très Jazzée, cette création est comme un croisement entre ZAPPA et TOWNSEND! «F» est un Rock avec de la Sitar ou du banjo à travers. Plus Techno que Rock, RAMMSTEIN me vient tout de suite à l’idée lors de l’écoute !  L’intro de la prochaine pièce, comme les pistes ci-haut mentionnés, est à la fin de celle-ci.

«G» me fait un peu penser aux chansons des premiers albums de PORCUPINE TREE mais assaisonné d’une touche Devin TOWNSEND.

J’aime «H» pour son côté PINK FLOYD mêlé avec du PAIN OF SALVATION ou OPETH. La voix de CAZENAVE s’immisce bien la chanson avec son style Grunge, voir un peu Crooner.

«I» débute comme une chanson douce avant d’augmenter de tempo et de changer pour un style plus Rock Symphonique. La façon qu’il enchaine vers un style plus Électro-Rock après ± 4 minutes me plaisent bien : ça donne un petit côté mystérieux à la pièce. Ma préférée.

«J» est un amalgame de styles, passant du Jazz-Rock au Crooner au Baroque pour finaliser avec un petit riff Jazzé. «K» est très agréable à écouter. Le style de la pièce et la voix de CAZEVANE me fais encore penser aux pièces moins hard de PAIN OF SALVATION. Très bonne !

«L» est Électro au début avant de tomber dans le Crooner-Techno! «M» est un Jazz-Rock / Space-Rock psychédélique.

Un album à découvrir, ne serait-ce que pour trouver tous les styles qui s’y mêlent avec une certaine grâce. J’ai déjà hâte à NZ!

Cote 4/5

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Progstravangazza : (version originale, en anglais, ici)

Comment tu as commencé à faire de la musique ? Raconte-nous comment le “voyage” a débuté. 

En fait, très très jeune. Une de mes tantes, ma marraine, m’a offert un enregistreur à cassette quand j’ai eu deux ans. Une sorte de jouet, mais qui m’a duré des années, et que mes parents doivent garder dans un coin poussiéreux je pense. Comme j’avais aussi un clavier, je passais des heures à brailler sur cassette, en m’accompagnant comme je pouvais. En réalité, je me souviens qu’il y avait toujours beaucoup de musique à la maison. Et mon frère, ma sœur et moi avons baigné dans un contexte culturel assez soutenu. De plus, nous avons eu la chance, tous les trois, de commencer à apprendre la musique aux alentours de 3 ou 4 ans. Mes parents pensaient que c’était important de s’initier dès le plus jeune âge. J’ai donc appris le violon, puis la guitare, et vers 12 ans je remplissais des cahiers de partitions en imaginant que cela deviendrait des disques plus tard. La plupart de mes cahiers ont dû finir dans une décharge, ou traînent encore dans un grenier, je l’ignore… Ensuite j’ai joué dans quelques groupes mais ça ne suffisait pas à combler ma boulimie de musique et de création. Donc j’ai commencé à m’équiper en séquenceurs, synthés, tables de mixage, et tout l’attirail nécessaire pour enregistrer de la musique à moindre frais. J’ai eu de la chance que mes parents me laissent faire et m’encouragent. Mais j’étais un gentil fils. J Je ne sortais pas, je ne réclamais pas d’argent, et n’avais pas de fréquentations suspectes. J J’ai commencé à réaliser mes propres démos puis j’ai eu l’opportunité de faire des musiques pour des sites web, au tout début du web, du moins en France, à l’époque où les sites web s’accompagnaient de musique d’ambiance. Puis les projets se sont enchaînés. Quand j’ai eu 19 ans, j’ai envoyé une démo au label Musea et ils ont accepté de me distribuer. Même si, avec le recul, ces morceaux n’étaient vraiment pas très bons (j’étais jeune et j’avais des moyens extrêmement limités), ça m’a encouragé à poursuivre mes efforts.

Il semblerait que la musique n’est pas le seul art dans lequel tu t’illustres. Mais depuis quelques temps, c’est celui sur lequel tu concentre le plus. Pourquoi cette orientation ?

En réalité, j’ai appris à faire certaines choses parce que c’était plus rapide de les apprendre et de les réaliser moi-même, sans compter que j’étais un peu effrayé, aussi, à l’idée de « partager mon travail ». Quand je dis « certaines choses », je pense à la photo, à l’illustration, ou plus tard, à la réalisation et à la post-production de films par exemple. D’une manière ou d’une autre, je me suis retrouvé dans des situations où il « fallait juste faire le boulot ». Et puis, au fond, je trouve que, quelque soit le média utilisé, c’est un peu toujours la même relation au travail. Écrire de la musique, monter des films, créer des designs graphiques, tout ça se ressemble beaucoup. Il y a des objectifs et des compétences communs, bien que certains domaines nécessitent des temps d’apprentissages adaptés. C’est comme apprendre plusieurs langues. Plus on en apprend, plus c’est facile. Certaines sont moins évidentes, mais peu à peu notre système cérébral s’adapte. D’autre part j’ai toujours cherché à m’exprimer de différentes façons et, de fait, toute diversification me paraissait juste logique. Pour l’écriture de fiction, c’est différent puisque c’est un besoin que j’ai depuis toujours… Raconter des histoires, les coupler à une quête identitaire, c’est une motivation quotidienne… Sauf depuis un an ou deux, effectivement, puisque j’ai décidé que la musique devait être exclusive, dans la mesure du possible. La musique, c’est le seul domaine où je peux me permettre de m’exprimer sans contraintes, sans compromis, et donc bénéficier d’une totale liberté artistique. C’était loin d’être le cas ces dernières années quand je travaillais pour Terria Films. C’était une période très frustrante artistiquement. J’ai co-créé cette société pour travailler dans un domaine qui me plaisait mais les contraintes étaient telles que j’ai fini par être blasé par ce que nous réalisions. Du coup, j’ai décidé, avec mon associé, de mettre un terme à Terria Films pour me consacrer à ce qui me faisait le plus plaisir. La musique donc. Cependant, les 6 années passées à Terria Films ont été très enrichissantes et formatrices. J’avais besoin de passer par là. J’ai professionnalisé mes méthodes.

Est-ce que tu es satisfait de la position que tu occupes dans le monde de la musique ?

À vrai dire, je ne sais pas trop où je me situe dans le monde de la musique. J’ai la chance de pouvoir produire des disques sans chercher à bénéficier d’un retour monétaire. J’ai un travail alimentaire parallèlement à mes activités musicales, ce qui me permet de ne céder à aucun compromis. Et je ne souhaite surtout pas faire des disques dans une autre optique. Si mes albums me rapportent de l’argent, très bien, cet argent sera utilisé dans la production de nouveaux disques. Donc oui, je suis satisfait dans la mesure où je me sens totalement libre. Je ne cherche pas à plaire à qui que ce soit, si ce n’est d’abord à moi-même. Ensuite, je comprends bien que si j’avais un plus grand rayonnement, alors je pourrais imaginer des projets avec des ambitions nouvelles et davantage de collaborations peut-être. Ou même des concerts et des tournées. Mais je ne m’en formalise pas si ça ne se fait pas. Je ne me sens pas limité pour autant. Je suis content comme ça. Tant que j’ai l’impression de ne pas tourner en rond et, mieux, de m’améliorer, ça me va.

Je vois que Pink Floyd représente une énorme influence dans ton son. Est-ce que tu es d’accord et à quel point ce groupe influence ton travaiI ?

Avant d’être d’accord, je suis surtout honoré par ce compliment. Pink Floyd m’accompagne depuis que je suis capable d’entendre des sons. Je suis né en 1978 et j’ai été éduqué avec Pink Floyd. J’en suis totalement imprégné. Petit, quand on me demandait quel métier je voulais faire, je pensais à Gilmour. Je voulais faire comme lui. Aujourd’hui, je crois qu’il n’est pas exagéré de reconnaître que Pink Floyd a créé une des œuvres les plus importantes de la musique du XXème siècle, une œuvre qui dépasse largement le cadre de la musique. Chez Pink Floyd, il y a toujours cet objectif de perfection. Perfection sonore, émotionnelle, conceptuelle, graphique, etc. Et cela est d’autant plus remarquable que Pink Floyd donne l’impression d’avoir toujours pris des risques, quitte à déstabiliser son audience. Malgré leur succès colossal, ils sont restés insoumis. Je suis évidemment influencé par cette démarche, peut-être même plus fasciné qu’influencé. Même leur dernier et ultime album m’impressionne. Pour moi,  « The Endless River » pose cette question : « Qu’est-ce qu’une conclusion » ? Et la réponse qu’ils apportent est passionnante, autant que frustrante. Ces gens sont trop malins.

Quels autres groupes ou musiciens t’inspirent ?

Des tas ont une influence, toutes époques et tous styles confondus. Gustav Malher, Igor Stravinsky, Frank Zappa, John Coltrane, Robert Fripp, Brian Eno, Robert Wyatt, Magma, Steve Hillage, Massive Attack, Sinéad O’Connor, Dalëk, Bjork, Mike Patton, Leprous, etc. Vraiment, la liste est immense… Cependant, je pense que l’influence la plus importante est celle de Devin Townsend, dont la démarche musicale et la personnalité représentent à mes yeux une sorte de modèle auquel je suis très sensible. J’aime la façon dont il s’identifie à sa musique et comment sa musique, en retour, s’identifie à lui. Il y a quelque chose de très profond et de très intime dans le rapport qu’il entretient à son œuvre.

Où est-ce que tu puises ton inspiration quand tu travailles sur un nouveau projet ?

Je dis souvent que le quotidien est la source d’inspiration la plus évidente. Et cela est vrai quand je ne suis pas en train de composer ou d’enregistrer. N’importe quel évènement peut générer une ou des idées musicales. Cependant, quand je me retrouve derrière des instruments ou des machines, je crois que l’inspiration vient de la musique elle-même dans la mesure où ce qui se construit puise des références dans ma mémoire sonore ou théorique, ou au sein de contraintes que j’ai pu fixer. Des sons, des progressions d’accords, des rythmes peuvent générer des émotions instantanées et ces émotions, à leur tour, peuvent être à l’origine de nouvelles harmonies, ou accords, ou rythmiques, etc. Après ça, l’important, c’est les choix qui sont faits. C’est-à-dire, ce qui doit être gardé ou pas. Mais là il ne s’agit plus d’inspiration mais de travail.

Quels thématiques explores-tu dans les textes de AM ?

De part son concept « alphabétique », AM multiplie les thématiques et peut se comprendre, je crois, ou du mois je l’espère, de plusieurs façons possibles. Mais j’ai quand même envie de dire que l’ensemble des textes s’articulent autour de l’idée que la plupart des êtres humains sont animés par un besoin de séduire et d’être séduit et que cela les rend à la fois étranges, uniques, et pourtant identiques. Au-delà de ça, les textes de « AM » ne sont pas toujours évidents à décrypter…

Que penses-tu du rock progressif actuel ? Est-e que tu penses que tu penses que c’était mieux dans les années 70 ?

Récemment, j’ai lu dans un ouvrage d’Eymeric Leroy, que le rock progressif est une musique qui, par défaut, doit progresser. Donc changer. Et par ce principe, les groupes et artistes qui se réclament du « progressif » ne devraient même pas jouer la même musique. Du coup, parce qu’il est (ou doit) toujours être en progression, le rock progressif ne peut pas être défini. Mais on peut probablement identifier des époques, des « mouvances » influentes, selon le son et la technologie utilisée. Du coup, je ne veux pas chercher à généraliser en disant qu’aujourd’hui est mieux ou moins bien qu’avant. Pendant les années 70, j’ai néanmoins l’impression que le pourcentage de groupes ou artistes qui menaient une réflexion sérieuse sur leur travail était plus élevé qu’aujourd’hui. Pour être juste, il faut reconnaître que la consommation musicale actuelle n’est pas favorable à la musique dite progressive. Je crois que le « prog » n’a pas encore connue sa mue vers la musique dématérialisée, ou disons : qu’il n’est pas encore prêt à y « progresser ».

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Neoprog :

Voici un projet français, en quasi solo, assez pharamineux, même si, au final, l’impression d’une semi réussite demeure… Guillaume Cazenave, en activité depuis 1999, est aux commandes de ce premier volet (un diptyque étant prévu) en tant qu’auteur (textes, thèmes, propos), compositeur, multi instrumentiste (guitares, programmation) et enfin interprète (chant). Rémy Cazenave (son frère?) tient la basse. Enfin, un troisième couteau est crédité au mastering: Pierre-Yves Marani, histoire de peut être dire que la mise en son tient aussi un rôle important dans ce disque, ce qui sera confirmé à son écoute.
Cazenave est un touche à tout; bordelais de naissance, il manie déjà plusieurs casquettes, en plus de celles décrites ci-dessus; il s’intéresse à la production, au graphisme, à la réalisation et au roman! Un artiste complet somme toute?… Encore faut-il faire preuve de constance et de profondeur dans la multiplication des travaux… Nous nous attacherons à n’aborder que la musique ici présente, avant d’essayer de faire la synthèse exhaustive de cet artiste.

Autant le révéler d’entrée, le postulat de départ de ce déjà quatrième disque est très intéressant, puisqu’il est présenté comme une sorte d’expérience: décliner l’alphabet en musique, ici de la lettre A à la lettre M, comme l’annonce son titre. On pense inévitablement aux voyelles de Rimbaud, à l’abécédaire de Prévert, ou aux défis ludo-littéraires d’un Georges Perec, autant de supports que la mise en musique livrerait à une poétique débridée. Sur ce point le travail visuel et littéraire de ce disque s’incarnent parfaitement grâce au livret; copieux, stylé, inventif, et décliné dans une tonalité rouge vif. Un très bon point.
D’un point de vue musical, cette oeuvre apparaît d’emblée comme singulière, développant une ambiance assez étonnante, croisement improbable entre symphonisme orchestral, lenteur et musiques cycliques, décoration électro, paysage neo prog et excentricité métallique, évoquant tour à tour Devin Townsend, Pink Floyd, ou Mike Patton.

Cazenave, dont les possibilités mélodramatiques au chant s’avèrent être un bel atout, égraine ainsi de son voile de gorge chaleureux ou caressant des grappes de mots, déclinant de la façon la plus large possible toute la complexité de notre état d’humanité. Sur le papier, ça marche très bien, on croirait reconnaître les explorations phonétiques et rythmiques d’une langue (ici l’anglais) qu’un Gainsbourg a su si bien magnifier… Le résultat est pourtant un peu mitigé, malgré l’investissement plutôt bluffant de son auteur, dû à une mise en son de la voix un peu cotonneuse, en retrait pour ainsi dire, fait de plus accentué par une prononciation un peu imprécise. Dommage, car sur ce point on se doit, d’autant si c’est dans une autre langue que la sienne, d’être irréprochable; la diction se doit d’être précise, si ce n’est incisive ou méticuleuse, en un mot tout doit être entendu. Peter Hammill, par exemple, est un mentor indiscutable en ce domaine. Alors dommage vraiment, car on attendait du coup beaucoup de ce travail, entre vocabulaire, phonétique, et sens, ce qui augurait de jeter sur nos canons musicaux préférés une lumière un peu neuve. Au final, on en est cantonné à tendre l’oreille, voire scruter le livret mesure après mesure, sur format digital…

Ceci étant dit, et les amateurs de textes dans la musique progressive étant finalement tellement rares, on peut choisir de se focaliser sur la musique et seulement. De ce point de vue, le rendez-vous est plus qu’honoré, tant on y constate un soin incessant des arrangements, une variété des mélodies, des ambiances très travaillées, d’une densité permanente (un peu trop sur la longueur), convoquant toute une palette de sons (piano, cordes, cuivres, bois, Hammond, nappes fantômatiques, habillages post industriels) et d’influences; Kurt Weil pour le chant, la demie teinte et la lenteur, le Floyd pour les soli de guitare et l’esprit psyché, en plus de celles évoquées plus haut. Un sentiment tout particulier s’échappe de AM, nous faisant naviguer à la fois dans l’intime et le grandiloquent, réunissant des éléments simples, à l’évolution plutôt linéaire, d’apparence dépouillés, mais truffés de petits breaks samplés (on pense à Regal Worm, mais de loin), et le tout majoritairement recouvert d’un manteau d’opéra… Les rythmiques sont un peu sages, adoptant jusqu’au bout un mid tempo qui soit vous donne l’impression d’un seul long et beau voyage, soit d’un immobilisme peinant un peu à convaincre sur la durée. Pour ma part, je penche pour la seconde option, tant finalement ces compositions auraient mérité plus de contrastes, de tempo différents, d’accélérations ou d’aération en fin de compte sur tout de même 66 minutes de musique. Pour tout dire, passé un certain temps, on ne sait plus tout à fait où on se trouve dans l’oeuvre, et vous serez bien embêté de devoir la reprendre dans ses détails, tant il sera difficile de distinguer telle pièce d’une autre, la constance stylistique devenant son propre défaut en quelque sorte… Pourtant, chaque morceau parle de lui-même, incroyablement produit, et bourré de talent, mais… Trop de densité tue la densité?… Alors peut être que voir trop grand peut conduire au vertige, un effet qui, non maîtrisé, peut aussi noyer l’auditeur.
Il est sans doute encore un peu tôt pour juger pleinement de ce travail, au demeurant remarquable par son ambition, sa personnalité, et son fourmillement de détails. La suite et fin est à paraître, inévitablement intitulée NZ, et qui éclairera (ou non) ce premier opus d’un sentiment d’achèvement. Saluons quoi qu’il en soit ce disque plus qu’honorable, et franchement prometteur.

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Highlands :

Auteur, compositeur, réalisateur, romancier, graphiste, Guillaume Cazenave a plusieurs cordes à son arc et une expérience artistique qui se conjugue au pluriel. Un album paru il y a une dizaine d’années : Second System Syndrome, puis une grande pause occupée par des activités audiovisuelles.

En 2014 il se consacre à la musique pour composer et enregistrer son nouvel opus “AM” sous le nom ODD GALLANT. Treize morceaux dont chaque titre se nomme d’une lettre de l’alphabet. De A à M, d’où le nom de l’album, un thème central pour chaque morceau lié à sa lettre.

Il est entouré de N.Edrudt à la batterie de Rémy Cazenave, son frère, à la basse. L’album reflète les influences chères à Guillaume : Devin Townsend, Gong, King Crimson, Magma et Pink Floyd entre autres. Mais fait aussi référence à des artistes du répertoire classique comme Stravinsky ou Gustave Mahler.

Sa voix grave, un peu roque, se pose avec justesse sur des airs qui partent dans plusieurs directions, toujours avec inspiration. A e H restent dans une veine familière à nos oreille, intemporelles, avec une mélodie facile mais aussi plein de rebondissements et de surprises bien amenées. B e F plus modernes, plus rock, et avec des moments plus aventureux et recherchés. C, après une entame faite de bruits style gémissements laisse croire à un morceau édulcoré. Mais c’est avant que se développe un chant puissant, profond, soutenu par peu de notes. La mélodie s’intensifie avec rythme comme une lame de fond qui revient avec force.

Le travail voix et rythme, réalisé à la perfection, entoure le morceau d’un mystère certain. D et J avec une fin de composition moderne et prenante allie douceur et intensité. E semble brouillé. désordonné, après une entrée en matière arabisante. Préambule à un moment rock, plus dur et violent.

Changements d’ambiances fréquents, sons contemporaines, beaucoup d’énergie ressentie lors de l’écoute. Magma en arrière plan, G laisse passe un peu plus inaperçu avant qu’un solo de batterie le réveille. Il dialogue avec le chant pour un bon moment de rock progressif. I s’apparente au jazz avec un saxophone présent tout au long d’un titre qui digresse de son thème, s’évade vers des horizons incertains. K et L comme un kaléidoscope du talent de CAZENAVE.

Variété, complexité, écriture rigoureuse, chant  expressif et équilibré. Chaque séquence traitée dans les compositions pourrait constituer un morceau à elle seule. Elle s’inscrit dans une déclinaison de l’histoire de la musique et se feuillette comme les pages d’un dictionnaire. La lettre M arrive.

Et M ressemble à A pour nous donner des regrets que l’album soit fini. Un concept original bien exploité. Un univers personnel riche et luxuriant qui s’ouvre vers les auditeurs et qu’ils peuvent partager.

Une envie : que certaines pistes voient un développement plus poussé. Un beau programme à venir pour aller de N à Z.

Note : ****

Catherine Cordridex.

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Progsphere (interview) : (version originale en anglais, ici)

Tu peux définir la mission de The Odd Gallant ?

Je ne crois pas avoir défini une mission précise concernant de The Odd Gallant. Lorsque j’ai commencé ce projet, je ne voulais plus sortir de disques sous mon nom. Donc j’ai réfléchi à un « titre » générique qui pourrait symboliser la personne que je pensais être. Puis j’ai trouvé que la réunion de ces deux termes, Odd et Gallant, avait quelque chose d’universel qui pouvait définir probablement tout un chacun. The Odd Gallant évoque à la fois le besoin d’aller vers les autres et de s’adapter, tout en rappelant que nous sommes des individus uniques dont l’éducation, le parcours et les conventions sociales nous rendent bizarres, imprévisibles, et souvent en focus sur nous-mêmes. La mission, si mission il y a, était donc de suivre la direction artistique que ce titre impulsait. C’est-à-dire, dans un premier temps, proposer une musique à la fois bizarre et séduisante. Maintenant, je préfère aussi dire que, en tous cas pour moi, The Odd Gallant est davantage une quête qu’une mission. Personnellement, je cherche à réaliser le disque que j’aurais voulu découvrir en tant qu’auditeur et que j’aurais trouvé « parfait ». C’est une quête impossible, je le sais bien, mais elle est motivante. En y réfléchissant, je suis certain de ne m’être imposé aucune mission. Je ne cherche pas à prouver quoi que ce soit, ni convaincre personne. Ou alors, à la limite, je pourrais soutenir que la mission de The Odd Gallant, c’est essayer de séduire ses auditeurs sans jamais pourtant s’autoriser de limites artistiques.

Parle-moi du processus créatif qui a permis de réaliser ton dernier album “The Odd Gallant : AM” ainsi que des thématiques que le disque évoque.

L’idée qui est à l’origine de « AM », c’est de développer un disque selon une construction de type alphabétique. 26 morceaux, chacun ayant pour titre une lettre de l’alphabet. De A jusqu’à Z. En réfléchissant à l’architecture du projet, je suis très vite arrivé à la conclusion que j’allais devoir produire deux albums. Le premier, « AM », le second, « NZ ». Bien sûr, j’aurai pu faire directement un double album mais, à l’époque, ça me semblait peu raisonnable. Une fois que cette base était posée, j’ai pu affiner le concept et commencer, enfin, à penser à la construction de « AM ». Avant de commencer à m’intéresser au contenu des morceaux, je réfléchis surtout au disque dans sa totalité. Comme un scénario, avec ses changements de rythmes, ses twists, ses arcs narratifs, ses ambiances, etc. Je crois qu’il y a une corrélation évidente entre réaliser un album et monter un film. Quand j’enregistre, c’est à ce moment que je m’attarde spécifiquement sur la composition pure et les arrangements. Même si le plus souvent je me laisse guider par l’impulsion d’une ou plusieurs idées fondatrices. En général, je passe à la partie suivante d’un morceau uniquement lorsque je suis satisfait du rendu global et que je ne pense pas pouvoir faire mieux. Mes démos sont ainsi très travaillées. Très précises. Ce qui ne signifie pas que je ne les retravaille pas ensuite. Parce que les morceaux peuvent changer selon la façon dont se construit (ou se réoriente) le disque. Donc je suis obligé de penser aux compos même lorsqu’elles sont censées être achevées. À la fin, le résultat est systématiquement très différent de ce que j’imaginais au départ, surtout pour un disque comme « AM » qui s’est réalisé sur une durée plutôt longue. Quant à comment viennent les idées, les ambiances… je ne sais pas. Je crois qu’au fond, la musique que je « fabrique » n’est juste qu’un mélange aléatoire de mes influences et des mes goûts, selon le moment et selon les événements du quotidien. J’essaie de faire la musique que j’aimerai découvrir et donc, forcément, elle synthétise ce que j’écoute le plus, ou ai écouté le plus. Certains trouveront cela orignal, d’autres moins. Quant aux thématiques qui orientent l’écriture de « AM », elles s’articulent presque systématiquement autour de ces questions identitaires que génère le besoin de séduire et d’être séduit. C’est un champ vaste, je l’accorde, mais c’est la clef je crois pour comprendre l’intention du disque.

C’est quoi le message que tu veux faire passer avec AM ?

Euh… Qu’il faut assumer sa bizarrerie et respecter celle des autres ? Ou que l’unicité de chacun participe, ou devrait participer, à la richesse de notre espèce ? Comme l’alphabet d’ailleurs. Une lettre c’est bien, c’est particulier, mais le mélange de toutes les lettres, c’est magique. Enfin ça peut. Faut des règles pour ça, quand même.

Comment tu transcris la musique une fois qu’elle a été composée ?

Le plus souvent, j’édite en midi depuis Cubase les partitions de chaque instrument de manière à pouvoir les fournir à d’éventuels musiciens. Pour les parties que j’interprète, je dois avouer que je ne garde que peu de traces écrites. Je les compose, les joue et les enregistre aussitôt. Parfois je note quelques mentions sur la façon dont je les ai jouées, avec quel son, quelle technique, etc., mais je reconnais ne pas être toujours sérieux sur ce point. Je veux faire confiance à ma mémoire alors que je sais qu’elle n’en est pas digne. J Donc quand j’ai besoin de documents écrits, je dois donc passer un peu de temps avec la guitare pour retranscrire mes propres compos. Mais dorénavant, je vais essayer de faire ça plus consciencieusement. Pour les textes, j’ai des pages et des pages de brouillons. Je les ai archivés dans un tiroir, sans savoir pourquoi. Par bête matérialisme, je pense.

Est-ce que l’assemblage de tous les morceaux a été soigneusement pensé?

Pour moi, AM ne contient qu’un seul morceau. J’ai parlé de film, plus tôt, et c’est un peu ça. Tout s’enchaîne. J’ai voulu une fluidité constante de la première à la dernière seconde. Pour cette raison, l’architecture du disque a été précisément élaborée pour que chaque morceau s’emboîte avec les autres. De plus, le concept « alphabétique » du disque m’a obligé à n’avoir que peu d’options. Quand je commençais à écrire un morceau, je savais déjà où il serait placé dans le disque. Mon plan était strict. La seule amplitude que j’avais, c’était de supprimer un morceau quand je trouvais que sa position dans la structure du disque ne convenait pas. Puis il fallait recommencer jusqu’à ce que ça matche. C’est arrivé souvent.

Tu nous expliques comment se sont déroulés les enregistrements de l’album ?

Cette fois, j’ai procédé d’une façon plutôt simple, contrairement à mon album précédent, Second System Syndrome, que je remixais et re-enregistrais à répétition, de façon plutôt expérimentale. Là, pour AM, j’ai composé et enregistré la plupart des instruments en même temps jusqu’à obtenir des playbacks définitifs. Puis j’ai enregistré toutes les voix, peut-être pendant un an, ce qui est un période assez longue pour cette étape mais le projet a beaucoup évolué pendant ce délai, surtout parce que j’écrivais les textes juste avant de les enregistrer. Enfin, mon frère, Rémy, a enregistré toutes les parties de basses. Le mixage a été très rapide ensuite, presque une formalité, car je mixais aussitôt après que les voix étaient en boîte. Pour NZ, il y aura peut-être davantage d’intervenants, donc je m’adapterai.

Combien de temps a duré la production de AM ?

Entre 4 et 5 ans, ce qui est un processus de création énorme, trop favorable à des moments de doutes récurrents. Pendant les trois premières années, j’étais soumis à des obligations professionnelles et familiales très chronophages. Ensuite, j’ai pu mieux m’organiser. J’ai construit un nouveau home-studio et j’ai pris mon temps. Au final, j’ai quand même quelques heures de chutes inutilisables, que je devrais d’ailleurs effacer définitivement pour ne pas être tenté de les exploiter. Pour NZ, l’affaire devrait être pliée en un an. En règle générale, je vais plutôt vite. Et puis, là, je suis dans une bonne dynamique. J

Quels groupes et quels artistes ont influencé ton travail pendant l’enregistrement de AM ?

Je ne pense pas m’être inspiré spécifiquement d’un groupe ou d’un artiste. Comme je le disais plus tôt, mes humeurs quotidiennes m’inspirent beaucoup donc la plupart des disques qui me passent entre les oreilles ont vocation à m’influencer. Mais je n’ai jamais décidé d’écouter tel ou tel artiste afin de m’imprégner de son travail, et me dire « je veux sonner comme ça ». Cependant, pour être franc, je me souviens que pendant la production de AM, j’ai souvent écouté l’album Coal, de Leprous. Mais je ne suis pourtant pas certain que leur influence soit perceptible dans AM. Quoi que…

Quelle est ton opinion à propos de la technologie dans la musique ?

Je considère que la technologie est un instrument de musique au même titre qu’une guitare ou une batterie par exemple. Il faut apprendre à bien s’en servir, évidemment, dans un objectif de création autant que dans un souci d’économie de moyens. Les technologies les plus récentes éliminent beaucoup de contraintes mais, en contrepartie, elles en créent aussi de nouvelles. Il faut être performant dans sa sélectivité. Et ne pas avoir peur de s’exprimer différemment.

Est-ce que, selon toi, la musique de The Odd Gallant sert un but qui va au-delà de la musique ?

Si je me fie à mon expérience personnelle, je dois admettre que certains disques, ou films, ou livres, ont joué, et jouent encore, un rôle important dans mon parcours de vie. Certaines œuvres m’accompagnent depuis des années. Alors je suppose que cet album peut lui aussi symboliser quelque chose de fort pour quiconque. Mais je ne peux pas savoir qu